Feux de forêt : il est temps de donner à la sécurité civile les moyens de ses missions

Feux de forêt : il est temps de donner à la sécurité civile les moyens de ses missions

Au 15 juillet 2026, près de 32 000 hectares ont déjà brûlé en France. Ce chiffre dépasse déjà le bilan de l’ensemble de la saison 2025, qui s’établissait à environ 20 000 hectares. La saison estivale est pourtant loin d’être terminée puisqu’elle s’étend jusqu’au 30 septembre...  Ce constat confirme une tendance lourde : les conséquences du changement climatique intensifient les risques auxquels notre sécurité civile est confrontée.


Feux de forêt, inondations, tempêtes… les crises deviennent plus fréquentes et plus intenses.


En 2022, après une saison historique marquée par plus de 72 000 hectares brûlés, l’UNSA Sapeurs-Pompiers avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Nous alertions sur l’insuffisance des moyens alloués aux services d’incendie et de secours (SDIS) face aux défis qui s’annonçaient. Quatre ans plus tard, force est de constater que nos inquiétudes étaient fondées.


Depuis, les constats se sont multipliés. Rapport du Sénat, rapport de l’Assemblée nationale, travaux de l’Assemblée des Départements de France, mission Flash Falco, puis Beauvau de la sécurité civile : tous dressent le même diagnostic. Tous reconnaissent la nécessité de moderniser notre modèle de sécurité civile et d’engager une réforme ambitieuse de son financement. Les conclusions du Beauvau, rendues en septembre 2025, proposent plus d’une centaine de mesures devant nourrir une nouvelle loi de modernisation de la sécurité civile, vingt-deux ans après celle de 2004.


Pourtant, malgré ce consensus largement partagé, le statu quo perdure.


Des annonces qui peinent à se concrétiser


Le 27 octobre 2022, le Président de la République annonçait un renforcement sans précédent de la flotte aérienne de la Sécurité civile, avec l’objectif de moderniser les Canadair et de porter leur nombre de 12 à 16 appareils d’ici la fin du quinquennat. Aujourd’hui, cette ambition est loin d’être devenue réalité.


La flotte compte toujours douze Canadair, dont seulement onze sont actuellement opérationnels. Deux appareils ont bien été commandés dans le cadre du mécanisme européen de protection civile, avec une livraison annoncée à l’horizon 2028, tandis que deux autres, dont la commande avait été un temps annulée pour raisons budgétaires avant d’être relancée en 2026, ne sont attendus qu’à l’horizon 2032 selon un calendrier qui demeure théorique.


Dans l’attente, l’État doit renforcer chaque été ses capacités par la location de bombardiers d’eau de type avion « Air Tractor » et d’hélicoptères Super-Puma. Cette situation illustre une réalité préoccupante : la sécurité civile continue trop souvent d’être considérée comme une variable d’ajustement budgétaire, alors même que les risques, eux, ne cessent d’augmenter.


Rattraper le retard ne suffit plus


Le pacte capacitaire annoncé en 2022 a permis aux départements de renouveler une partie des véhicules de lutte contre les feux de forêt. Cet effort était indispensable.


Mais il ne constitue pas une montée en puissance de nos capacités. Il a essentiellement permis de retrouver un niveau d’équipement que les services avaient progressivement perdu au fil des années. Autrement dit, nous avons simplement rattrapé un retard accumulé, sans réellement préparer l’avenir. Face à l’évolution des risques, cette logique de rattrapage n’est plus suffisante.


Des SDIS à bout de souffle


Dans les SDIS, les tensions budgétaires sont désormais permanentes. Les budgets sont de plus en plus difficiles à construire et à équilibrer. Trop souvent, cet équilibre repose sur le gel de postes, le non-remplacement des départs ou le report d’investissements pourtant indispensables.


Cette situation fragilise directement les capacités opérationnelles des services alors même que les sollicitations augmentent d’année en année.


Renforcer les effectifs pour répondre aux nouveaux défis


Aujourd’hui, près de 80 % des effectifs des services d’incendie et de secours reposent sur l’engagement des sapeurs-pompiers volontaires. Cet engagement demeure essentiel au fonctionnement quotidien des SDIS.


Cependant, chacun sait que la disponibilité des volontaires dépend de leur activité professionnelle, de leur vie familiale et de leurs contraintes personnelles. À mesure que les crises deviennent plus nombreuses, plus longues et plus simultanées, cette disponibilité ne peut constituer l’unique réponse aux besoins opérationnels. C’est pourquoi l’UNSA Sapeurs-Pompiers demande un renforcement significatif des effectifs de sapeurs-pompiers professionnels afin de garantir une capacité opérationnelle permanente à la hauteur des défis actuels.


Mais renforcer les moyens humains ne concerne pas uniquement les effectifs opérationnels. Les personnels administratifs, techniques et spécialisés (PATS) constituent eux aussi un maillon indispensable de la chaîne de secours. Sans eux, il n’y a ni logistique, ni maintenance, ni gestion des ressources humaines, ni préparation opérationnelle, ni continuité du service public. Leur recrutement doit également devenir une priorité.

 

Cet effort de recrutement devra impérativement s’accompagner d’un renforcement de la formation. L’augmentation des effectifs ne peut se faire au détriment de la préparation opérationnelle. Face à l’intensification des feux de forêt, les sapeurs-pompiers professionnels doivent bénéficier d’un véritable tronc commun de formation intégrant les spécificités de la lutte contre les feux d’espaces naturels. Les départements jusqu’alors peu concernés sont désormais confrontés à ce risque. Anticiper ces évolutions, c’est permettre à chaque sapeur-pompier d’intervenir avec les compétences adaptées, partout sur le territoire.

 

Des casernes adaptées aux réalités climatiques


Adapter la sécurité civile au changement climatique passe également par l’amélioration des conditions de travail. Les épisodes de canicule que nous venons de connaître ont mis en évidence les limites de nombreux bâtiments des SDIS. Dans certaines casernes, les températures ont dépassé les 35 °C dans les locaux.


Après plusieurs heures d’intervention, parfois en tenue de feu, dans des conditions particulièrement éprouvantes, les agents doivent pouvoir récupérer dans des locaux adaptés. Il ne s’agit pas d’une question de confort, mais bien de santé et de sécurité au travail.


L’UNSA Sapeurs-Pompiers demande qu’un audit national du patrimoine immobilier des SDIS soit engagé afin d’identifier les besoins de rénovation thermique, d’isolation et de rafraîchissement des bâtiments, et qu’un plan d’investissement permette d’adapter durablement les infrastructures aux nouvelles réalités climatiques.


Agir avant la rupture


Notre inquiétude est aujourd’hui réelle. Si plusieurs incendies majeurs de forêt ou d’espaces naturels devaient se développer simultanément au cours des prochaines semaines, notre pays pourrait être confronté à une véritable rupture capacitaire.


Les sapeurs-pompiers répondront présents, comme ils l’ont toujours fait. Mais leur engagement, leur professionnalisme et leur sens du service public ne peuvent plus compenser indéfiniment l’insuffisance des moyens qui leur sont alloués. Les constats sont établis, les diagnostics sont connus et les propositions existent. Il appartient désormais aux pouvoirs publics de transformer ces constats en décisions.


L’UNSA Sapeurs-Pompiers appelle à une réforme ambitieuse et pérenne du financement des SDIS, à une traduction rapide des conclusions du Beauvau de la sécurité civile dans une nouvelle loi de modernisation, ainsi qu’à un véritable plan d’investissement en moyens humains, matériels et immobiliers. Parce qu’en matière de sécurité civile, anticiper coûte toujours moins cher que subir. Et parce que protéger celles et ceux qui protègent les Français ne peut plus attendre.

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