Fonction publique : le SMIC rattrape les grilles, les agents attendent des mesures salariales

Fonction publique : le SMIC rattrape les grilles, les agents attendent des mesures salariales

La nouvelle revalorisation du SMIC intervenue au 1er juin 2026 met une nouvelle fois en lumière les difficultés profondes que traverse le système de rémunération de la Fonction publique. Désormais, près de 860 000 agents publics bénéficient d’une indemnité différentielle afin de garantir que leur rémunération ne soit pas inférieure au salaire minimum légal.


Si ce mécanisme permet d’éviter qu’un agent public soit payé en dessous du SMIC, il révèle surtout une réalité préoccupante : les grilles indiciaires ne jouent plus pleinement leur rôle et les perspectives de progression salariale s’effacent progressivement pour des centaines de milliers d’agents.

Une indemnité qui masque un problème plus profond


L’indemnité différentielle n’est pas une augmentation de salaire. Elle constitue un correctif destiné à compenser l’écart entre le traitement indiciaire et le niveau du SMIC lorsque celui-ci devient supérieur. Avec la hausse du salaire minimum au 1er juin, le phénomène prend une ampleur inédite. Selon les estimations du ministère, près de 860 000 agents publics sont désormais concernés.

 

Dans la Fonction Publique Territoriale (FPT), cette situation touche particulièrement les débuts de carrière, mais elle ne se limite plus aux seuls premiers échelons de la catégorie C. Les effets du tassement des grilles remontent progressivement vers les catégories B et concernent désormais également certains débuts de carrière de catégorie A.

 

Pour l’UNSA Territoriaux, cette situation ne peut être considérée comme normale. Une indemnité différentielle peut répondre ponctuellement à une urgence, mais elle ne peut constituer une politique salariale durable.

 

Des carrières qui perdent progressivement leur sens


Le véritable problème est celui du tassement des grilles indiciaires. Au fil des revalorisations du SMIC, plusieurs échelons se retrouvent alignés sur le même niveau de rémunération. Dans certains grades, des agents ayant plusieurs années d’ancienneté peuvent percevoir un traitement indiciaire identique à celui d’agents nouvellement recrutés.

 

Pour les agents, le constat est difficile à accepter : progresser dans sa carrière, acquérir de l’expérience ou changer d’échelon ne se traduit plus toujours par une différence réelle de rémunération.

 

Pour l’UNSA Territoriaux, cette situation fragilise progressivement le principe même du droit à la carrière qui constitue pourtant l’un des fondements de la Fonction Publique.

Un pouvoir d’achat qui continue de s’éroder


Depuis plusieurs années, les organisations syndicales alertent sur le décrochage entre l’évolution du coût de la vie et celle des rémunérations publiques. Les revalorisations du point d’indice intervenues en 2022 puis en 2023 n’ont pas permis de compenser intégralement les effets de l’inflation.

 

Depuis, aucune mesure générale n’est venue corriger durablement cette perte de pouvoir d’achat. Parallèlement, la Garantie Individuelle du Pouvoir d’Achat (GIPA) n’a pas été reconduite ces deux dernières années, privant de nombreux agents d’un mécanisme de compensation particulièrement attendu.

 

Pour l’UNSA Territoriaux, la question salariale ne peut plus être traitée uniquement à travers des mesures ponctuelles ou des correctifs techniques. Les agents territoriaux attendent une véritable reconnaissance de leur engagement et de leurs missions

Le courrier intersyndical du 18 mai : une alerte commune

Face à cette situation, l’ensemble des organisations syndicales représentatives de la Fonction Publique, dont l’UNSA, a adressé le 18 mai dernier un courrier au Premier ministre (Lien UNSA FP). Les organisations y dénoncent l’écrasement progressif des carrières, la multiplication des agents concernés par l’indemnité différentielle et l’absence de mesures générales de revalorisation.


Elles demandent notamment :

  • une revalorisation significative de la valeur du point d’indice ;
  • le rétablissement de la GIPA ;
  • une refonte des grilles indiciaires permettant de réelles progressions de carrière ;
  • une meilleure reconnaissance des métiers à prédominance féminine ;
  • des mesures garantissant l’égalité salariale entre les femmes et les hommes.

Les organisations syndicales demandent également le maintien à 100 % de la rémunération en congé maladie ordinaire ainsi que l’abrogation du jour de carence.

Le rendez-vous salarial du 6 juillet très attendu


Après plusieurs semaines d’interpellations syndicales et le courrier unitaire adressé au Premier ministre, le ministre de l’Action et des Comptes publics a finalement annoncé la tenue d’un rendez-vous salarial le 6 juillet prochain. Cette réunion est particulièrement attendue par les agents comme par les organisations syndicales.

 

Pour l’UNSA Territoriaux, ce rendez-vous ne pourra pas se limiter à un simple constat partagé sur l’état des finances publiques ou sur la situation salariale des agents. Les difficultés sont connues. Les chiffres sont connus. Les conséquences sur l’attractivité des métiers territoriaux sont connues. Les agents et les organisations syndicales attendent désormais des réponses concrètes.

 

L’urgence de redonner du sens aux carrières


La hausse du SMIC est une protection indispensable pour les salariés les plus modestes. Le problème n’est pas l’augmentation du salaire minimum. Le problème est que les rémunérations de la Fonction publique ne suivent plus au même rythme. À force de compenser les écarts par des indemnités différentielles, les grilles indiciaires perdent progressivement leur cohérence. Les qualifications, l’expérience professionnelle, les responsabilités exercées et les parcours de carrière sont de moins en moins visibles dans les rémunérations.

 

Cette situation pèse également sur l’attractivité de la FPT. De nombreuses collectivités rencontrent déjà des difficultés de recrutement dans plusieurs filières. Comment attirer de nouveaux agents lorsque les débuts de carrière sont progressivement rattrapés par le salaire minimum et que les perspectives d’évolution apparaissent de plus en plus limitées ? Cette réalité concerne aujourd’hui l’ensemble des catégories. Les agents de catégorie C sont les premiers touchés, mais les effets remontent progressivement vers les catégories B et A si aucune mesure structurelle n’est engagée.

 

Pour l’UNSA Territoriaux, il est devenu indispensable d’engager une réflexion globale sur les rémunérations, les carrières et les grilles indiciaires afin de redonner des perspectives aux agents et de restaurer l’attractivité des métiers territoriaux. À quelques semaines du rendez-vous salarial du 6 juillet, les attentes sont particulièrement fortes.

Les organisations syndicales attendent des réponses concrètes sur la valeur du point d’indice, l’évolution des grilles, les perspectives de carrière et les mesures permettant de préserver le pouvoir d’achat des agents publics. Les agents territoriaux, eux, attendent surtout que leur engagement soit enfin reconnu à sa juste valeur. L’UNSA prendra toute sa place dans ces discussions et continuera à porter une exigence simple : des rémunérations qui reconnaissent réellement les qualifications, l’expérience et les responsabilités exercées au quotidien dans les collectivités territoriales.

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